Matière bleue, 6C1H7N8O15P16S, série #2, 2018

ou

Tableaux périodiques pour mon temps

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La matière proposée ici est réalisée sur bois, toile et papier.  Elle intègre souffre, carbone, phosphore, oxygène, hydrogène et azote. La proposition esthétique se veut une métaphore rempart à la triste résurgence de la racialisation, intarissablement conflictuelle, des rapports entre les citoyens.  À cet égard les évènements entourant le spectacle SLAV de Betty Bonifassi et Robert Lepage en sont des exemples éloquents.  En vouloir éternellement à l’autre car supposément porteur de la « tache originelle » compromet les chances des générations à venir de créer leur monde en dehors des conflits appartenant aux générations précédentes.  Pas question d’amnésie, simplement prendre la mesure de l’histoire de l’humanité et y relever que les problématiques comme le racisme, l’esclavagisme, les guerres, l’exploitation du plus faible, l’asservissement de la femme sont hélas de facto de toutes contrées et de toutes époques. Leurs corollaires, désir d’émancipation, travailler pour la paix, lutter pour l’égalité des droits, désir de libération des femmes, le sont tout autant.

 

Dans  6C1H7N8O15P16S, série # 1 et 6C1H7N8O15P16S, série # 2 l’évitement du particularisme par l’utilisation des éléments chimiques nécessaires à l’universelle émergence de la vie, invite le spectateur, nonobstant ses origines ou sa couleur,  à respirer profondément l’air ambiant, le même pour tous !  Ce dernier, toujours composé comme chacun le sait, de 21 % d’oxygène, de 78 % d’azote et de 5,010 % d’hydrogène.  De ce fait, le résultat est le même que l’on expose ces œuvres à Montréal, au Cap, à Berlin, à Dubrovnik, à Iqaluit, à Ottawa, à Bruxelles, à Moscou, à Mexico, à Washington, à la Réunion, à Rome, au Caire, à Oran, etc.  Mettre en veilleuse son particularisme, célébrer nos identités communes et aller vers l’autre le temps d’un arrimage voire d’un métissage.  Quitter de plein gré son territoire pour proposer, pour réclamer le droit d’en créer un autre sur des bases qui rassemblent.  N’est-ce pas là l’ultime défi face à une société dont les paradigmes en mouvance sont encore et toujours dangereusement à risque de se figer faute de vigilance face aux discours des idéologues ?  Se positionner face à l’abîme de notre monde comme on se positionne face à l’abîme de la page blanche en toute ouverture, disponibilité et liberté. 

Voilà, à notre sens, le vertige nécessaire !

Lorraine Camiré,  2018

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